Comment se développe le cerveau des enfants.

En 1,2,3 mots : nous ne naissons pas avec un cerveau « fini » à la naissance. Il continue tout au long de l’enfance et de l’adolescence à se développer et mûrir. Ce développement progressif suit un schéma spécifique (accroissement des neurones puis élagage) qui permet de comprendre comment un enfant perçoit le monde qui l’entoure. Cela explique pourquoi les capacités de raisonnement se mettent en place progressivement ; plus l’enfant grandit, plus il est capable de gérer la complexité.


1. Le cerveau est en constante évolution : rien n’est joué d’avance

Le cerveau tout au long de notre vie évolue. Le simple fait de lire ce chapitre va engendrer dans votre cerveau des changements physiologiques qui resteront parfois à tout jamais. On dit alors que le cerveau est plastique. A l’inverse de son impact pour l’écologie, le coté plastique du cerveau est une bonne nouvelle. En effet, des nouveaux neurones sont constamment créés, de nouvelles connexions se font et se défont de façon très dynamique. Bref, cela donne beaucoup de flexibilité aux apprentissages tout au long de l’enfance. 

2. Le cerveau évolue selon un schéma bien spécifique

Pendant l’enfance et l’adolescence, le développement du cerveau connait des étapes bien particulières qui se poursuivent jusqu’à être un jeu adulte.
Jusqu’à 3 ans, le nombre de connexions entre les neurones explose et le métabolisme du cerveau fonctionne à plein régime. La manière dont ces connexions se font dans le cerveau est influencée par l’environnement autour de l’enfant, ce qu’il voit, ce qu’il entend, ce qu’il fait. Il est donc important à cet âge-là d’interagir au maximum avec son entourage plutôt que de rester vautrer devant un écran.

Par exemple, bien avant que les premiers mots soient prononcés, le cerveau se pré-cable pour le langage qu’il entend. Ce qui deviendra sa langue maternelle possède donc un terrain privilégié de connexion des neurones. D’où l’importance d’échanger avec son enfant avant même qu’il ne parle, car son cerveau, lui, s’imprègne de ce que vous dites pour pouvoir s’exprimer plus tard.

3. Les neurones suivent un processus de sélection naturelle

Mais toutes ses connexions ne vont pas restées dans le cerveau, il n’y aura pas de place pour tout le monde dans le cerveau mature. En parallèle de cette croissance, une sélection des connexions superflues se fait. Après avoir eu une croissance incroyable, le cerveau va petit à petit supprimer 50% de ces connexions. A la manière d’un arbre dont on couperait les branches plus faibles afin de favoriser les branches les plus prometteuses, le cerveau va élaguer ses connexions les moins utiles. Pour continuer avec l’exemple du langage, les connexions spécifiques à la langue maternelle sont conservées au détriment d’autres connexions plus faibles qui n’auraient pas été stimulées.

4. Tout ne se développe pas en même temps avec la même intensité.

Ce mécanisme n’est pas uniforme, toutes les zones du cerveau ne sont pas concernées dès le début. Cet te sélection permet de mieux comprendre l’évolution de l’enfant jusqu’à l’âge adulte.

Dès son plus jeune age, l’enfant est plutôt intéressé à voir, toucher et se mouvoir comme un vers de terre plutôt que de jouer aux échecs. Essayez donc de le mettre un enfant de 2 ans devant un jeu d’échec et vous verrez ce qu’il en fait !

En parallèle, dès la première année, les zones du cerveau impliquées dans l’orientation spatiale, les associations ainsi que l’élaboration de stratégies simples commencent également à se développer. La dernière région cérébrale à mûrir sera le cortex pré-frontal. Il est en charge des raisonnements complexes, de la mémoire de travail et de la prise de décisions. Bien que la développement commence dans l’enfance, il n’arrivera à maturité que vers l’âge de.... 25 ans.

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5. L’enfant commence d’abord ressentir avant de raisonner

Cette maturation régionale du cerveau explique donc pourquoi on ressent les choses d’abord puis on les appréhende concrètement ensuite et enfin on les comprend et manipule de façon de plus en plus abstraite. Ainsi le cerveau de l’enfant est en constante maturation, commençant par ses sens, ses déplacements puis par sa mémoire, son orientation et enfin ses capacités de raisonnements complexes. 

Tous ces mécanismes complexes peuvent être perturbées par les facteurs environnementaux (stress, substances, trauma) mais profitent également de toutes les expériences positives qui contribuent à cette construction. 

Cette évolution constante explique que non seulement il est important de développer le cerveau à tout âge (et il n’est jamais trop tard) mais qu’il faut aussi respecter ce rythme et que l’on ne peut pas tout apprendre en même temps. Petit à petit…. On devient moins petit !


Références:
Early language acquisition: cracking the speech code Patricia K. Kuhl Nature Reviews Neuroscience volume 5, pages831–843 (2004)
From Imaging the developing brain: what have we learned about cognitive development ?  B.J. Casey , Nim Tottenham , Conor Liston1 and Sarah Durston CELL 2005    
Maturation of Widely Distributed Brain Function Subserves Cognitive Development B Luna, KR Thulborn, DP Munoz, EP Merriam - Neuroimage, 2001 – Elsevier 
Dynamic mapping of human cortical development during childhood through early adulthood Nitin Gogtay, Jay N. Giedd, Leslie Lusk, Kiralee M. Hayashi, Deanna Greenstein, A. Catherine Vaituzis, Tom F. Nugent III, David H. Herman, Liv S. Clasen, Arthur W. Toga, Judith L. Rapoport, and Paul M. Thompson  PNAS April 15, 2004 
Maturation of white matter is associated with the development of cognitive functions during childhoodNagy Z, Westerberg H, Klingberg T. 2004 Journal of Cognitive Neuroscience