Elever un enfant dure 3 ans

Ça y est… le petit dernier vient d’avoir 3 ans. Mon petit bébé (message personnel à mon mari : le dernier ?) est maintenant un petit garçon. C’est assez étrange comme sensation : on a l’impression de rentrer dans une autre catégorie. J’ai déjà vécu cela avec mes aînés et ce qui ressort le plus de cette transition du bébé à l’enfant, c’est en fait la solitude à laquelle on fait face.
 
Quand on cherche des informations sur la grossesse et les bébés, ce n'est pas la quantité qui manque. On a 9 mois pour comprendre comment ça marche. Et on ne s’en prive pas : on trouve de tout y compris des recettes à base de placenta et des nuanciers pour la couleur du caca. C’est fou ! On se sur-prépare pour les 6 premiers mois, on anticipe les 12 mois et on se renseigne sur la fameuse crise des 2 ans. 
 
Mais une fois qu’ils savent marcher, parler, manger comme nous, aller aux toilettes seuls, dormir dans un grand lit, eh bien là, il n’y a plus rien ! Fini. C’est l’indépendance, l’autonomie. Ça doit vouloir dire qu’après 3 ans tout devient facile, qu’on a toutes les réponses ? D’ailleurs, ils devraient pouvoir prendre un petit studio, une fois qu’on leur aura appris comment se faire des œufs au plat ? 
 
Si j'adore cette phase d'échange riche avec mes enfants, je dois bien avouer que je me suis trouvée bien plus démunie face à des situations auxquelles j'ai dû faire face quand ils n'étaient plus de bébés que durant les 3 premières années. Petits enfants, petits problèmes. Grands enfants, grands problèmes. J’ai trouvé cela très compliqué de ne plus avoir autant d’accompagnement pendant le reste de l'enfance car tout devient plus complexe :
 
  • ALERTE ! PERTE DE CONTRÔLE. Quand ils sont bébé, on est là presque tout le temps. On sait ce qui se passe dans sa journée (même s’ils sont à la crèche). Du moment qu’ils rentrent à l’école, il nous manque un bout de l’historique. On ne sait pas ou alors on n’en sait peu. On ne contrôle plus tout. Comment faire pour les aider au mieux, quand on a pas tous les éléments ? 
  • ALERTE ! JE NE COMPRENDS PAS LA QUESTION. Quand ils sont bébés, on ne comprend pas tout (je ne fais pas parti des gens qui ont compris les pleurs de leurs enfants dès le premier jour…). Alors, quand ils parlent, on se sent soulagés. Ça y est on communique… mais non ! Les questions deviennent plus complexes et profondes et on n’a pas toujours la réponse : « Pourquoi les gens meurent ? » ; « S’il n’y avait pas de méchants, est-ce que ça veut dire qu’il n’y aurait pas de gentils »…. Des trucs improbables auxquels on n’est pas préparés.
  • ALERTE ! L’ENFER C’EST LES AUTRES ! On peut créer un univers très noir ou blanc autour des bébés : il y a ce qui est bien et ce qui est mal. Mais quand ils grandissent, il y a les autres…Les copains, et surtout les parents des copains qui, eux, laissent leurs enfants se coucher à 21h30 quand le nôtre va au lit à 20h tapante. Et là, comment on lui explique cette injustice ? Ils peuvent constater jusqu’à 10 injustices de ce genre par jour… sans parler des injustices du monde et du monsieur qui mendie dans la rue alors qu’il avait bien travaillé à l’école. C'est la réalité mais la réalité peut être difficile à expliquer ou à accepter tout simplement. 
  • ALERTE ! L’ECOLE NE FAIT PAS TOUT. Bien sûr que l’école va faire beaucoup pour l’apprentissage de nos enfants mais elle ne peut pas tout faire à notre place. Et quand les enfants font face à des difficultés, il faut être capable d’identifier les signes et trouver la solution la plus adaptée. C’est d’autant plus complexe que chaque enfant est différent. Mon bébé, marche ou ne marche pas, parle ou ne parle pas, ce sont étapes que l'on attend et que l'on observe. Mais ensuite ? Qu'est-ce que j'observe ? Je ne vais plus chez le pédiatre tous les six mois pour me rassurer ou ajuster le tir. Qu’est-ce que l’on fait, qu’est-ce qu’on leur apprend pour anticiper les problèmes, etc. ?
  • ALERTE ! LA LOGISTIQUE, MON PIRE ENNEMI. Quand ils grandissent, fini la tranquillité : certes on dort mieux la nuit mais il n'y a plus de sieste, l’école se termine tôt, et les activités extra-scolaires sont disséminées à travers le pays (pour peu qu’on ait plusieurs enfants, ils décident rarement de faire la même et encore moins au même endroit). Jusqu’à l’invention de la télé-transportation, cela demande une excellente organisation, de la créativité pour les occupations et une dose de responsabilisation. Mais comment on fait, quand on est à court d'idées et de solutions pour s'organiser ?
  • ALERTE ! LE TEMPS DE QUALITE EST UN MYTHE. Quand ils commencent à avoir la notion du temps, ils l'utilisent en notre défaveur. "Tu as dit que tu jouais avec moi mais ça ne fait que 12 minutes et 33 secondes". L'arnaque après 3 ans ? C'est plus possible ! On nous dit que le coeur des parents s'agrandit avec le nombre d'enfants... certes, c'est vrai mais les journées n'ont toujours que 24h. Je vous fais le calcul : si je rentre à 18h30 et qu'ils se couchent à 20h, cela me laisse 30mn par enfant - repas et bain inclus. Et si au moment qui rentre dans la case "temps de qualité" un drame se produit (un pyjama qui gratte, un verre d'eau renversé, une saucisse trop cuite), l'un des individus de petite taille me fera remarqué que le temps que je lui ai alloué n'étais pas à la hauteur de ses attentes. Là on regrette le temps où passer 5 minutes à faire gouzi gouzi était gage de "temps de qualité et journée réussie".
 
Nous n’avons pas évoqué le fait qu’un enfant qui grandit mange des vrais repas 3 fois par jour (fini les soirs de flemme où on donne un biberon et au lit !) voire 4. Au final, on est tellement moins bien préparés aux 15 dernières années qu'aux 3 premières. Et contrairement à la vie de couple, le divorce n'est pas envisageable (ou envisagé, parce qu'on veut quand même faire en sorte que ça marche !). 
 
Mon fils aîné était un bébé très facile : il a dormi bien tout de suite, semblait s'adapter à toutes les situations, il était très obéissant aussi. Il faisait des crises, comme tous les enfants mais dans l'ensemble il était très à l'écoute. Quand l'école a commencé, il s'est révélé être très bon élève, évidemment, mais il est devenu plus angoissé, attentif au regard des autres, compétitif. Il s'est mis à se ronger les ongles à 3 ans, à être scandalisé par les injustices du monde. Je me suis vite sentie dépassée car je ne savais pas comment l'apaiser. Mon second fils lui est très différent : insouciant, créatif et à la fois très sensible. Même si j'ai été attentive à tout cela, il se referme souvent sur lui-même et trouve peu de satisfaction dans l'apprentissage scolaire. Il est bon élève mais pas motivé. Encore une fois, j'aimerai pouvoir nourrir ses besoins émotionnels et intellectuels mais c'est compliqué quand on ne comprend pas comment ça fonctionne. Maintenant, nous attendons de voir ce que donne le dernier...

C’est un peu pour ça que nous avons créé 1,2,3 kiD, car même après 3 ans, 6 ans, 9 ans,… les questions persistent mais les réponses se raréfient. Ça reste des enfants qui ont encore besoin d’être accompagnés et guidés et qui vont nous faire découvrir encore mille choses auxquelles nous ne pensions jamais faire face. Alors on n'a certainement pas pensé à tout mais on espère donner quelques pistes pour mieux comprendre comment nos grands enfants fonctionnent et trouver des idées pour  améliorer le quotidien tout en se préparant à demain.