Passer du mode survie au mode développement

Si vous êtes désormais conscients d'être en mode survie (voir article Etes-vous en mode survie ? ), il est temps de comprendre comment trouvez des alternatives pour avancer.
 
Il faut comprendre que tant que le cerveau des enfants est en développement (jusqu’à 25 ans environ), il aura du mal à connecter la partie qui gère les émotions à celle qui raisonne. Cela veut dire plusieurs choses : la première, c’est que si le parent s’énerve, l'enfant va s’énerver encore plus (ça vous rappelle quelque chose ?). La seconde, c’est que les meilleurs arguments du monde ne serviront à rien. Croyez-en mon expérience : arrêter mes démonstrations magistrales pour prouver à mon enfant qui hurle que j’ai raison et que sa colère n’est pas légitime, me permet d’économiser beaucoup d’énergie. En revanche, il est important de reparler de la situation quand il sera plus calme et capable d’entendre et d’intégrer ce qu'on lui dit (parce qu’il faut qu'il comprenne que j’ai quand même raison au final !). Le but est pour le parent de se rendre compte de ce qui motive son propre comportement d’adulte : la survie ou le développement.
 
Un exemple très concret : mon enfant refuse catégoriquement de s’habiller pour aller à l’école alors que je dois partir au travail parce que j’ai un rendez-vous HYPER important.
 
Action motivée par la survie :
  • Je tente la pitié : « Maman a un rendez-vous supra important Choupinet, donc mets ta culotte s’il te plaît »
  • La pitié disproportionnée « Si je rate ce rendez-vous, je vais perdre mon travail et on va perdre la maison et on devra vivre dans la rue ! »
  • Je sors l’artillerie lourde : la menace. « Si tu n’es pas habillé dans 3 minutes, pas de console ce week-end »
  • Je suis faible : « Je te file 5 bonbons si tu mets cette fichue culotte sur tes fesses et non sur ta tête »
  • La force gagne toujours :  je lui enfile sa veste de force sur son pyjama, je le traine jusqu’à la voiture alors qu’il ne porte qu’une seule chaussure, le tout en hurlant « je vais rater mon rendez-vous si tu ne te bouges pas les fesses. T’auras la honte à l’école, je m’en fous ! ». 

J'ai déjà essayé chacune des ces techniques. Avec le recul, évidemment cela semble ridicule et on comprend pourquoi c'est voué à l'échec. Cela n'empêche que sur le coup, on n'en a pas toujours conscience.

Action motivée par le développement 
  • D’abord, je ne lui mets pas la pression par rapport à mon travail. Ce n’est pas son problème, c’est le mien. La réalité est qu'il s'en fiche pas mal.
  • Je lui explique (calmement bien sûr) que je comprends bien qu’à cet instant précis il y a quelque chose qui l’empêche de s’habiller mais que malheureusement on ne va pas pouvoir résoudre le problème tout de suite.
  • Je lui dis qu’en rentrant le soir, on va discuter pour trouver comment faire en sorte que les autres matins, ce ne soit plus un problème pour lui de se préparer.
  • Enfin, je lui rappelle que se préparer et aller à l’école, ce n’est pas optionnel. Donc on va chercher une solution pour que cela se passe mieux mais la résistance ne va pas changer le résultat final.

Et c'est ce dernier point qui importe ! Parce qu'au final c'est moi qui décide... non mais sérieusement : nous, on a jamais remis en cause que c'était nos parents qui décidaient (enfin pas avant 13-14 ans).
 
L'efficacité de l'approche "développement" n'a été démontrée par aucune méthode scientifique. Cependant elle a quelques vertus prouvées par l'expérience :
  1. On est plus détendu face au problème : que l'on crie ou que l'on ne crie pas, dans la plupart des cas, la conséquence sera la même. Alors autant se détendre. 
  2. Moins on s'énerve, moins il sera intéressé par la provocation. C'est fatigant d'essayer d'énerver quelqu'un qui ne réagit pas.
  3. Si l'on prend le temps d'essayer de comprendre ce qui a motivé le blocage, à force l'enfant va comprendre qu'il est écouté et qu'il n'a pas besoin de la provocation pour obtenir cette attention.
  4. A la fin, c'est nous qui aurons le dernier mot. Ca fait plus longtemps qu'on est là et ça, il est important qu'ils le comprennent. Si on en est convaincus, ils le seront aussi.

On n’y arrive pas à tous les coups. Mais le fait d’essayer et de prendre du recul, ça ne fait pas de mal, ça enlève du stress et ça aide à relativiser. Et quand ça marche, c'est quand même une énorme source de satisfaction. L'essentiel est de ne pas voir chaque jour comme un autre jour où il faut survivre mais plutôt comme un jour où l'on va essayer d'avancer ensemble... avec plus ou moins de succès. L'objectif est de profiter ET déculpabiliser.

Le livre de référence en la matière est selon moi : L'éducation approximative ou Comment appliquer l'éducation positive dans la vraie vie de Agnès Labbe (qui tient également un blog appelé quatre enfants). Plein de conseils très pratiques pour appliquer les principes d'éducation positive de manière relative parce que dans la vrai vie, on est souvent fatigués et pas toujours ultra patients ! Une vraie bible à se procurer rapidement. En plus, elle vous dira qu'on a le droit de s'énerver !

Références :
Agnès Labbe, L'éducation approximative, Editions Marabout, 2019