Aider nos enfants à gérer les émotions

La journée d’un enfant est remplie d’émotions. Tout est riche, tout est découverte, tout est source de joie et d’excitation. Mais malheureusement là où il y a envie et excitation, il y a toujours frustration et déception. C’est un peu en mode noir et blanc que les enfants voient leur monde.

Et si nous sommes plutôt ouverts et capables d’accepter leur joie, leur peur ou leur tristesse, nous avons beaucoup plus de mal lorsqu’il s’agit de la colère ou de la frustration. Quand un orage éclate, même les parents les plus patients et les mieux intentionnés peuvent perdre leur sang-froid et leur maîtrise de soi, alors que c’est justement dans ces moments-là que les enfants ont le plus besoin de notre aide pour réguler leurs émotions, retrouver leur calme et tirer des apprentissages de ce qui s’est passé.

Vous est-il déjà arrivé de demander à votre enfant : « Pourquoi tu as fait ça ? » ou de le punir « pour qu’il comprenne ». En réalité, la plupart du temps il n’en sait rien, c’était juste plus fort que lui. Sous l’emprise d’une émotion, son cerveau est incapable de réfléchir. Les punitions n’y changeront rien car s’il était capable d’agir mieux à ce moment-là, il l’aurait fait. La vérité est qu’aucun enfant ne veut faire mal, beaucoup d’enfants ne savent juste pas comment faire autrement. 

Lorsqu’on est parent, il faut avant tout être préparé aux émotions intenses, savoir que cela arrivera et se reproduira encore et encore. Les enfants sont émotifs et sensibles. Pour comprendre ce que vit l’enfant au moment de la crise, il faut vous imaginer au moment où vous-même, vous vous énervez, perdez patience ou vous mettez en colère. Eh bien, pour l’enfant c’est 100-1000 fois plus intense. Autre problème, les connexions entre la partie émotionnelle (celle qui ressent l’émotion) et la partie rationnelle (celle qui raisonne, réfléchit, relativise) ne sont pas encore entièrement établies chez l’enfant. Son cerveau ne sera pleinement fonctionnel qu’à l’âge de 25 ans. Il faudra donc vous armer de patience car, au moment des crises, il ne s’agit pas d’un caprice ou d’un manque de respect qu’on peut stopper ou corriger, mais bien d’un manque de maturité neurologique et émotionnelle qui, elle, prend plus de temps à se mettre en place.
La bonne nouvelle est qu’en tant que parents, nous avons le pouvoir d’aider notre enfant à bâtir progressivement son intelligence émotionnelle et donc la capacité à contrôler ses émotions et à se comporter de manière civilisée et respectueuse même dans les situations les plus difficiles. 
Alors, que pouvez-vous faire pour aider votre enfant à mieux gérer ses crises émotionnelles ? 
Je vous propose 8 clés que j’ai élaborées en me basant sur les dernières recherches dans la psychologie du développement et les sciences du cerveau.

1/ Apprenez à réguler vos propres émotions
C’est la première clé et sans doute la plus importante. L’enfant apprend à s’auto-réguler grâce à VOUS. Comment ? 
  • Quand vous restez calme, vous savez mieux gérer la situation. Au lieu de simplement réagir (et souvent de surréagir) à la situation, vous apportez à votre enfant les réponses constructives dont il a besoin.
  • Quand vous gardez votre calme, votre enfant retrouve son calme plus vite. Grâce aux neurones miroirs et au processus de co-régulation, son état émotionnel s’aligne sur le vôtre. Si vous criez, c’est l’inverse qui se produit. Vous alimentez par votre propre colère l’état déjà explosif de votre enfant. Pour sortir de ce cercle vicieux, il faut qu’un des deux retrouve son calme, et c’est TOUJOURS au parent de le faire en premier.
  • Quand vous réussissez à rester calme même dans les situations les plus complexes, vous procurez à votre enfant un grand sentiment de sécurité. Il sait alors qu’il peut compter sur vous quoi qu’il arrive. Ce sentiment de sécurité affective lui permet de bien grandir et d’apprendre progressivement à ménager ses émotions de façon autonome.
  • Votre mantra est donc : Je commence par MOI !

2/ Soyez ferme et constant avec les limites et les règles
Si la crise survient parce que vous dites non ou posez une limite, acceptez-le. Laissez à l’enfant le droit d’exprimer son mécontentement. Il n’a pas le droit à ce que vous avez interdit, mais il a le droit d’être mécontent. Plus vous serez ferme avec les limites et les règles, plus vite l’enfant les intégrera dans sa vie, et plus vite ses débordements émotionnels cesseront. 
Maintenez donc la limite mais permettez à l’enfant d’exprimer sa frustration.

3/ Sécurisez tout le monde
Si l’enfant vous tape, ou tape son frère, sa sœur, ou dirige un geste agressif contre lui-même, immobilisez-le (en douceur). Rappelez-vous qu’il ne le fait pas intentionnellement. Inutile de le gronder. Immobilisez-le, éloignez-le des autres, prenez-le dans vos bras pour l’aider à contenir ses gestes. Même s’il se débat, gardez-le contre vous. Vous sentirez à un moment donné son petit corps se détendre, ses muscles se relâcher, les pleurs de colère laisseront place aux pleurs de tristesse, puis cesseront définitivement. 

Certains enfants, surtout lorsqu’ils grandissent, n’aiment pas être touchés. Si c’est le cas de votre enfant, vous pouvez au besoin l’isoler dans un endroit calme. Restez à côté ou, si vous avez besoin de partir, dîtes-lui « Je ne suis pas loin chéri. Je vois que tu as besoin de pleurer, que tu es triste. Je dois préparer le repas mais si tu as besoin de moi, appelle-moi. » Il est important que votre enfant sente votre présente et votre compassion. Ce sentiment d’acceptation et de compréhension lui permettront de se calmer plus vite et renforceront le lien qui vous unit. 

4/ Faites-le pleurer
Cela peut sembler étrange. Mais quand un enfant est en colère, la seule façon de l’aider à évacuer et à calmer ses émotions est de le faire pleurer. Certains enfants ont du mal à pleurer, leur émotion s’exprime alors via des paroles brusques et des gestes agressifs. Or, ni les cris, ni les tapes ne calment le cœur d'un enfant. Les larmes sont la meilleure façon pour l'apaiser. Regardez-le dans les yeux, prenez-le dans vos bras ou posez un bras autour de son épaule, parlez-lui calmement. Aidez-le à comprendre ce qui se passe en lui. Montrez-lui que vous autorisez et savez accueillir ses pleurs. N’ayez pas peur des pleurs, les larmes c’est apaisant et salvateur.

5/ Aidez-le à comprendre ce qui se passe en lui 
Mieux votre enfant connaîtra son monde intérieur, et plus facile il sera pour lui de gérer ses émotions. Car il est difficile de contrôler quelque chose qu’on ne comprend pas. Cette compréhension devient possible quand on prend conscience de nos ressentis et qu’on arrive à mettre des mots là-dessus. Pour aider votre enfant à mieux se connaître, parlez-lui. 
  • Si vous connaissez l’origine de son émotion, expliquez et commentez ce qui s’est passé (« Léo a cassé ta voiture mon coeur ? Je sais, c’est parfois difficile d’avoir un petit frère »). 
  • Aidez-le à nommer ce qu’il ressent, enrichissez son vocabulaire émotionnel (« Tu dois être terriblement frustré, fâché, en colère »). 
  • Validez et normalisez son ressenti (« C’est normal de se sentir frustré parfois, cela m’arrive à moi aussi. »)
  • Expliquez-lui ce qu’il peut faire quand cette émotion l’envahit (« Tu as droit d’être en colère, mais taper, cela fait mal. Personne n’aime être tapé. Si tu es en colère, tu peux venir me voir ou taper un coussin, mais on ne tape pas les gens.) Important : Ce dernier point doit être abordé quand l’enfant est calme et réceptif. L’heure du coucher est souvent le moment parfait pour mener ce genre de discussion.

6/ Ne prenez rien personnellement
Ignorez tout ce qui peut ressembler à impolitesse, manque de respect ou insolence. Il s’agit d’une réaction purement instinctive et maladroite, la seule que le cerveau immature de votre enfant ait pu trouver pour évacuer l’émotion. Le moment de la crise n’est jamais bon pour donner des leçons car les émotions fortes empêchent la partie rationnelle du cerveau de fonctionner correctement. L’enfant est donc incapable de réfléchir aux conséquences de ses actes. Conseil : Réprimez en vous toute envie de réagir au comportement de votre enfant. Faites une pause, isolez-vous, respirez. Attendez que l’enfant s’apaise. Vous lui expliquerez ensuite quels sont les comportements et les façons de parler acceptables ou non au sein de votre famille.

7/ Introduisez dans votre routine des moments d’échange et de partage
Trouvez dans votre quotidien des moments pour discuter avec votre enfant. Cela peut être lors d’un trajet en voiture (certains enfants sont plus à l’aise quand ils peuvent éviter le regard direct), lors d’un goûter ou au moment du coucher. Faites-en une routine. Profitez-en pour mieux connaître votre enfant, apprendre des choses sur sa vie, lui permettre d’exprimer en privé ce qu’il vit et ressent. Ces moments-là sont d’excellentes occasions pour renforcer votre lien. Ils vous permettent également de pouvoir guider votre enfant, le soutenir en cas de problème et l’aider à réfléchir aux solutions. 

8/ Soyez prêt à ce que cela se produise à nouveau
Il faut 25 ans à un enfant pour développer pleinement ses capacités de raisonnement et de contrôle de soi. En grandissant, l’enfant arrive à se maîtriser de mieux en mieux, surtout si vous respectez tous les points exposés plus haut (ils sont tous essentiels à son développement). N’oubliez pas également, que c’est en votre présence qu’il vivra le plus de débordements émotionnels, tout simplement parce que vous êtes la personne qu’il aime le plus, parce qu’il vous fait confiance et parce qu’il ose être lui-même en votre présence. Prenez donc cela comme un compliment. Armez-vous de patience et dîtes-vous que les émotions, même négatives, sont normales, naturelles et bénéfiques. 

Aider nos enfants à mieux vivre leurs émotions prend du temps. Ce ne sont pas des choses qui peuvent être enseignées ou commandées. Cela demande du temps, de la patience et un bon contrôle de soi de la part de l’adulte. Mais en accompagnant notre enfant sur ce chemin du développement émotionnel, nous l’aidons à devenir un enfant puis un adulte résilient, empathique, bon et bienveillant. Et en le faisant grandir, nous grandissons aussi.